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Intégrer les musiques actuelles dans le projet du CEPRAVOI : un enjeu prioritaire



Céline Morel-Bringollet, directrice du CEPRAVOI, explique comment et pourquoi, depuis cinq ans, le CEPRAVOI explore la pédagogie et les répertoires actuels, une source précieuse d’innovation et de renouvellement des pratiques chorales en France.

Les musiques actuelles tiennent une place privilégiée dans les saisons du CEPRAVOI. Comment expliquer ce choix ?

Cela s’est fait naturellement, comme une évidence. La contemporanéité des répertoires et leur renouvellement sont au centre de notre projet depuis une dizaine d’années. D’abord développés dans le champ des musiques savantes – partenariat avec le Festival de la voix de Châteauroux, politique de commande, création de la Collection CEPRAVOI aux éditions La Sinfonie d’Orphée – nous nous sommes sérieusement intéressés aux champs des musiques actuelles, en 2008, lors du 7è Symposium Mondial de Chant Choral. Il se déroulait à Copenhague, au Danemark et nous y avons découvert une terre fertile pour ces musiques avec un traitement polyphonique des musiques actuelles inédit pour nous. J’avais déjà eu l’occasion de découvrir les groupes Vocal Line et Touché deux ans plus tôt, cela m’avait mis sur la voie mais notre rencontre avec Jim Daus Hjernøe, lors du symposium, a été déterminante. Ce fut le point de départ de notre collaboration avec le Conservatoire Royal d’Aarhus/Aalborg qui compte parmi les meilleurs pédagogues dans ce domaine. Ils ont une expérience de vingt ans qu’ils ont su capitaliser pour la transformer en un parcours diplômant de haut niveau. Ils ont déjà formé une génération d’artistes et d’enseignants qui, aujourd’hui, partagent leurs savoir-faire dans toute l’Europe du Nord ainsi qu’en Allemagne.

La rencontre avec Jim Daus Hjernøe du Conservatoire
Royal d’Aarhus/Aalborg a été déterminante

Nous nous sommes aussi intéressées à la scène artistique, cela me semblait indispensable de relier la pédagogie à la pratique artistique, qu’elles soient amateur ou professionnelle. Nous avons répondu à différentes invitations de festivals a capella (Aarhus festival, Real group festival en Suède, London A cappella festival, Graz festival, Leipzig…). Je crois que je peux dire, en toute objectivité, que nous avons aujourd’hui une vraie expertise dans ce domaine. Nous avons intégré les réseaux européens qui comptent en la matière (nous sommes membres de l’association européenne European Voices Association[1] - EVA). D’ailleurs, pour Leo Sings[2] nous avons tenu à associer l’Académie royale et l’EVA dans le projet pour qu’ils partagent encore plus largement leur expérience.

Intégrer les musiques actuelles dans notre projet et dans nos saisons constitue effectivement pour nous un enjeu prioritaire que nous assumons. La pédagogie et les répertoires découverts dans ce domaine sont une source précieuse d’innovation et de renouvellement des pratiques chorales en France. C’est ce qui explique cette place privilégiée dans nos saisons depuis cinq ans.

En quoi cette pédagogie intéresse-t-elle particulièrement le CEPRAVOI, quel en est le caractère innovant ?

Sur le fond, ce n’est pas révolutionnaire, quand on assiste à un stage ou une démonstration, on se dit souvent, « mais oui, c’est évident » et on se rend compte que, finalement, ce qui va de soi a été oublié et/ou ne fait plus vraiment partie de nos cursus d’enseignement ou pas de façon aussi pragmatique et prépondérante, excepté dans les CFMI où je retrouve beaucoup de ces questionnements mis en pratique et instruits.

Le chant et la pratique musicale y sont d’abord enseignés de façon sensorielle. On revient aux sources : faire vibrer le corps, le rendre musicalement intelligent pour être capable d’intégrer ensuite des concepts théoriques et jouer avec. Par exemple, ressentir physiquement les différentes mesures à 4/4, 2/4, 3/4, mélanger sans difficulté le ternaire et le binaire, sans devoir l’intellectualiser en premier, (re)donne une liberté d’interprétation à des choristes plus autonomes tout en étant dans l’écoute.

"Le sens du bien-être collectif est primordial dans la culture danoise :
tout est fait pour favoriser la confiance en soi."

Il y aussi beaucoup moins de frontières entre les différents styles musicaux et c’est très salutaire, le jazz, la pop, le rock et la world musique se mélangent aisément, sans jugement. D’ailleurs, cette idée de non jugement, est l’une des choses qui m’a aussi plu : c’est très peu présent chez nos amis danois, on se sent tout de suite à l’aise. Le sens du bien-être collectif est primordial dans leur culture et cela se ressent aussi dans leur pédagogie, l’individu est pris comme il est, tout est fait pour favoriser sa confiance et cela a forcément un impact bénéfique pour le groupe.

La technique vocale est plus naturelle, le rapport au corps étant tout de suite intégré à l’interprétation, elle est moins « prise de tête », plus décomplexée. Elle utilise des outils de la Complete Vocal Technique de Cathrine Sadolin [3] qui donnent un sens physique et sensoriel à la musique et au texte. Cela donne de précieux repères lors de l’exécution des chants, surtout lors des concerts, les choristes se sentent ainsi « armés », maîtres de leur interprétation.

L’improvisation est au cœur de l’enseignement, c’est la clé de voute. Elle rend le musicien acteur, créatif, responsable, conscient des mécanismes musicaux qu’il met en place. Les circle songs, le soundpainting, les jeux rythmiques en sont les outils. Ils offrent l’avantage d’être à la fois accessibles aux débutants comme aux plus aguerris. La complexité et l’apprentissage suivent naturellement le niveau des interprètes : ce sont eux qui fixent les règles. L’enseignant, ou le chef, est là pour relever le challenge, étendre les frontières d’un territoire sans limite. Une des plus belles démonstrations de cet « art vocal » de l’improvisation est illustrée par le groupe à géométrie variable Song of the moment[4], créé par Kristian Skårhøj, qui réunit des chanteurs du Real Group, de Rajaton, Voxnorth, entre autres. Ils proposent des concerts complets d’improvisation absolument étonnants. Leur technicité, leur sens rythmique, mélodique et harmonique étant parfaits, ils peuvent se concentrer sur la création, et l’écoute. C’est vraiment étonnant et j’aimerais d’ailleurs pouvoir les inviter dans le cadre d’EverySing !

"Des groupes d’excellences constituent des références pour les générations."

Enfin, ces répertoires sont portés par des groupes d’excellences qui constituent des références pour les générations. Comme nous l’avons vécu dans le jazz, avec Manhattan Transfer, Les Doubles Six ou les Swingle Singers –qui ont inspiré de nombreux ensembles comme les Voice Messenges ou Touché qui figurent parmi les plus talentueux dans le domaine en Europe –  des ensembles comme Vocal Line, Rajaton, , Real Group inspirent les générations qui leurs rendent hommage, s’approprient et font évoluer le genre. Aujourd’hui, des ensembles comme Vox11, Postyr Projet, Pepetuum Jazzile, Ommm, Les Humanophones, Pitch Control, Voisz ou Slixsreprésentent cette nouvelle génération qui innove et fait avancer la pratique et ce n’est que le début je crois. Quand je vois le travail de Signe Sørensen[5] à Aarhus, je me dis que la route est encore belle est longue !

Qu’en est-il du répertoire ?

Le choix est juste déterminant ! Il est au même niveau d’importance que le travail rythmique et vocal. La qualité de l’écriture et des arrangements est le point de départ du travail polyphonique dans les musiques actuelles et, en France, nous manquons cruellement de références dans ce domaine. S’il est assez simple de trouver des œuvres de chansons françaises, à 3 ou 4 voix, des artistes des années 80 à 2000, il est très difficile de trouver du répertoire original ou des arrangements des artistes d’aujourd’hui. Les Danois, les Hollandais, les Suédois, les Allemands ne cessent d’innover et de coller à l’actualité dans ce domaine. Il faut aussi dire qu’ils puisent beaucoup dans la variété internationale (mais pas que) et qu’ils ont un rapport inné à la langue anglaise, contrairement à nous : pour beaucoup de chœurs français, chanter en anglais est une véritable contrainte.

Les arrangeurs et les chefs des ensembles polyphoniques de
musiques actuelles rencontrés au Danemark ou en Hollande 
savent adapter l’écriture d’un titre à leur ensemble
et choissent des répertoires issus d’artistes récents

Les arrangeurs et les chefs des ensembles polyphoniques de musiques actuelles que nous avons rencontrés au Danemark ou en Hollande sont tous des chanteurs qui ont travaillé la matière musicale : ils ont l’habitude de chanter, d’improviser, ils ont une solide formation rythmique ou une forte conscience de son importance dans la musique polyphonique pop. Ils savent adapter l’écriture d’un titre à leur ensemble, de ce fait, rien n’est impossible ou difficile pour le chœur, le plaisir est le moteur d’une pratique accessible et contemporaine. Les répertoires sont issus d’artistes récents, Vocal Line arrange souvent du Cold Play, Pitch Control, que nous avons fait venir à Loches en Voix l’été dernier et au festival EverySing! en 2015, chante des titres comme Chasing Cars[6], Skyfall[7], You Oughta Know[8] et ce ne sont là que quelques exemples.

De là rien d’étonnant à constater une moyenne d’âge souvent très jeune dans les ensembles nordiques, qu’ils s’agissent de groupes a cappella, d’ensembles vocaux ou de chœurs. Bien souvent, ces derniers sont constitués d’adultes de moins de 30 ans. Et les groupes d’adolescents sont de plus en plus nombreux.

C’est d’ailleurs une des premières choses qui m’a frappée : la « jeunesse » des ensembles croisés lors de nos différents voyages et surtout la qualité de ces derniers est exceptionnelle. Le plus saisissant a été le chœur danois MariagerFjord pigekor et, dernièrement, j’ai découvert un groupe vocal de sept adolescents incroyables De Unge Drenge (DUD).

Bien sûr, ce sont là les meilleurs exemples et j’ai conscience que tous les chœurs danois, finlandais ou suédois n’ont pas ces qualités, mais il y en a au moins une vingtaine par pays alors que, chez nous, j’en connais peu. Nous avons plusieurs ensembles de haut niveau en jazz mais dans le style pop, je pense que l’on peut compter les ensembles sur les doigts d’une main... Ceci dit j’espère bien me tromper ! Je lance d’ailleurs un appel à ces groupes pour qu’ils nous contactent et partagent avec nous leur expérience !



[2] Projet européen d’une durée de deux ans (2014 – 2015), piloté par la plateforme interrégionale, qui porte sur la diversité du chant en Europe et dont le CEPRAVOI est l’un des huit partenaire et a récemment accueilli la session française (18 – 23 octobre 2014).

[5] Chef de chœur de MariagerFjord pigekor au Danemark • http://www.rytmiskpigekor.dk/

[6] Chasing Cars, Snow Patrol, 2006.

[7] Skyfall, chanson étraite de la bande originale du film éponyme interprétée par Adèle, 2012

[8] You Oughta Know, Alanis Moressette, 2008

Agenda

Atelier Chant Spontané

Tours, du mercredi 10 octobre au mercredi 03 juillet

Les passe voix

Tours, le mercredi 23 janvier

Les passe voix

Saint-Avertin, le jeudi 24 janvier

Comédie Musicale

Maslives, le samedi 26 janvier

Concert

Tours, le samedi 26 janvier

Petites annonces

Recherche de choristes

Postée le 14/01/2019

Recherche de choristes

Postée le 09/01/2019

Téléchargez la brochure 2018-2019 du CEPRAVOI

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