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Entretien avec Michel de Lannoy

Entretien avec Michel de Lannoy

Photo L Branger

Un nouveau Schéma d’orientation pour le Cepravoi

                                                                       

1. Qu'est ce qui va changer, au CEPRAVOI, du fait de ce nouveau Schéma d’orientation ?

Comme son titre l’indique, ce document définit de nouvelles orientations en vue de les proposer à nos différents partenaires publics. Prenons donc plutôt rendez-vous pour, dans trois ans, répondre alors à la question : qu’est-ce qui a effectivement changé dans les modes d’action de notre organisme, et comment a- t-il modifié le paysage des pratiques vocales de la région Centre-Val de Loire ? Ce qui aura changé, n’en doutons pas, c’est la place et la fonction du Cepravoi en regard des politiques culturelles. Jusqu’à présent, nous considérions les pratiques vocales comme un objectif en soi, et nous interpellions les collectivités et les territoires pour les inciter à mesurer l’importance et la fécondité de ces pratiques. Désormais, nous nous inscrirons a priori dans les dynamiques territoriales, au sein desquelles les pratiques vocales peuvent s’épanouir, non pas tant pour elles-mêmes que au profit d’un développement culturel global : comme un atout et un point d’appui pour ce développement, et pas seulement comme un adjuvant.

 

2. Comment avez-vous conçu le document ?

Dois-je vous l’avouer ? lorsque nous avons engagé collectivement ce travail –le CA et l’équipe des salariés-, nous n’avions qu’une idée imprécise de ce qui allait en résulter. Nous avions tous dans la tête une obligation quasi administrative de mettre au point un texte contractuel. Mais très vite, nous nous sommes tous pris au jeu de faire bien davantage, et de répondre à la question : « si le Cepravoi n’existait pas, comment, aujourd’hui, l’inventerions-nous ? ». Ceci, à partir de l’analyse du paysage régional des pratiques vocales, et, bien entendu, de notre expérience institutionnelle construite depuis vingt ans, même si, par méthode, nous avons pris le parti de ne pas nous sentir trop contraints par celle-ci. Le document qui en est résulté atteste bien, il me semble, du réalisme d’un bilan, et tout à la fois de l’invention d’un futur. On parle souvent de volonté politique. Il serait tout aussi juste de parler de désir, ou d’utopie réaliste.

 

3. En quoi les pratiques vocales ont elles changé ces dernières années ?

Pour répondre à cette question, il nous faut prendre en compte l’extraordinaire mutation de ces pratiques depuis le milieu des années quatre-vingt. Jusqu’à cette époque, et pratiquement depuis la guerre, le « chant choral » (c’est ainsi que l’on parlait) s’inscrivait pour une grande part dans le contexte  de « l’éducation populaire ». La mutation intervenue alors a porté sur un renouvellement des répertoires –plus savants, plus patrimoniaux- et elle a, conjointement, correspondu à une mutation du public des praticiens vers ce qui s’est peu à peu redéfini comme « l’art choral ». Si nous devons nous réjouir de cette exigence qualitative s’imposant peu à peu comme prioritaire (aussi bien aux yeux de nombreux adeptes du chant choral qu’à ceux des administrations culturelles), elle s’est payée d’un lourd tribut, en reléguant sur le bord du chemin de très nombreux amateurs qui, en fréquentant un chœur, recherchaient un épanouissement personnel et social autant qu’une exigence artistique normée ou compétitive. Ces dernières années ont commencé à montrer une raréfaction des pratiques, en particulier chez les hommes, et un vieillissement des effectifs, mais aussi, en même temps, de nouveaux dynamismes tout à fait inattendus. De nouveaux répertoires, par exemple, issus de l’Europe du Nord et de Scandinavie ont séduit de très nombreux jeunes qui, en France autant qu’ailleurs, bien qu’avec quelques années de retard, ont perçu le potentiel créatif des pratiques vocales, et leurs ressources d’innovation. Ce qui est en train de changer, c’est donc l’assise des pratiques vocales. Elle a désormais quatre pieds : l’exigence, le plaisir, le nombre des praticiens et la modernité.

 

4. Qu'est-ce qu'un « projet de territoire » ?

Dans le jargon de l’action culturelle,  un « projet de territoire » désigne la démarche par laquelle une collectivité, quelle que soit son étendue, de la commune à la région tout entière, engage ses habitants dans un processus de création partagée et d’expression collective de son identité. Sous ce dernier terme, entendons les raisons qui font que « les gens d’ici » se reconnaissent entre eux des liens : des attachements réciproques, une mémoire commune, des sentiments d’appartenance, un désir de « faire avec », de faire ensemble du mieux vivre, pour mieux faire du vivre ensemble. Cette démarche est d’autant plus riche qu’elle est généraliste, et d’autant plus mobilisatrice quelle peut se décliner en une variété d’engagements : des savoirs faire, des modes de rencontres, une organisation de l’espace commun, un équipement artistique… Cela s’appelle la Politique. Et -permettez-moi ce raccourci- cela peut s’appeler aussi les « pratiques vocales »…

 

5. De quelle façon ce Schéma d’orientation prend-il en compte la diversité des pratiques vocales, particulièrement celle des chœurs de la région Centre-Val de Loire?   

Toutes les chorales aujourd’hui vivantes n’existent qu’en vertu de la demande de leurs membres. Or cette demande est elle-même immergée dans un contexte général d’évolution des publics, des répertoires et des modes de sociabilité. De ce point de vue, toutes les chorales de la région sont, les unes et les autres, concernées par les mêmes chapitres de notre Schéma, et toutes ont vocation à participer au développement du territoire sur lequel elles se trouvent implantées : que ce soit en chantant du Monteverdi, en pratiquant le Soundpainting, ou en participant à un « chœur pop ».

 

6.  Le CEPRAVOI ne prend-il pas le risque  de se situer du côté de l'ingénierie et de l'observation plutôt que de l'action concrète ?

Tout dépend de ce que vous appelez « l’action concrète ». Dès sa création, le Cepravoi ne s’était pas donné pour mission d’être un chœur de plus, fût-il un « chœur-école » ou un chœur de prestige, et pas davantage celle d’être un acteur de la diffusion, fût-elle régionale ou internationale. L’action concrète, c’était et c’est toujours, pour nous, mettre en œuvre des processus de formation, que ce soit directement ou à l’occasion d’actions de diffusion, ou encore en lien avec un soutien à la création d’œuvres nouvelles.

De ce point de vue, rien n’est changé.

Et pourtant tout est changé. Car le périmètre de ces actions, le lieu de ces propositions, et leur objectif, nous voulons qu’ils soient, de plus en plus, les lieux même où les choristes, les chanteurs, tous ceux qui se servent de leur voix participent, avec d’autres, à l’amélioration de leur cadre de vie et à la construction du territoire où ils demeurent. Pour ces territoires, nous voulons être des partenaires. En mettant de l’ingénierie au service de l’action concrète. Dans le récent et très beau film de Xavier Giannoli, Marguerite, l’héroïne (Catherine Frot), dans son délire, rêve à plusieurs reprises, pour sa voix de casserole, d’un « vrai public », d’un « public réel ». C’est aussi notre vœu. Pour la voix de tous, et pour le développement réel, vrai et concret de nos territoires.

Le délire en moins…

 

 

 

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