Site internet « sons de territoires » : Une bibliothèque sonore pour écouter autrement notre environnement.

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Quels sons fabrique-t-on, et quels sons entend-on ? Comment l’ensemble des sons, qu’ils soient l’effet du travail ou la signature de la nature, la trace de la mémoire ou l’indice des relations humaines, dessine-t-il une appartenance commune à un territoire partagé ? Comment les sons construisent-ils ce territoire autant qu’ils le révèlent ?

Bruère-Allichamps, un village situé à deux pas de l’Abbaye de Noirlac. Une école, un salon de coiffure, un office religieux, une usine en miettes, des chênes… Les sons ordinaires, frottement, cris, bavardages, soufflerie, bruits de fond, entrechocs sont enregistrés, répertoriés, classés, organisés. Plusieurs entrées sont possibles pour interroger les sons, plusieurs sons sont disponibles pour un même environnement.

Croquis d’oreille

Chacune des promenades sonores est guidée, racontées, photographiée, donnant ainsi à entendre, voir et lire le monde qui nous entoure. Pendant des mois, notre promeneur attentif a tendu l’oreille. Si la carte est plus parlante que le territoire, les sons seraient plus évocateurs encore que la carte ?

Pour commencer l’expérience www.sonsdeterritoires.fr

Evocation de la cérémonie des gens du voyage.

Chaque vendredi soir, à Saint-Amand, un office évangéliste rassemble les Gens du voyage du canton. Ce moment important de cohésion sociale, pour la communauté, s’appuie sur un partage ritualisé des émotions, et il donne lieu, à la fin de l’office, à un long moment de lamentation collective.

L’expressivité des voix est ici portée à son comble. Elle entremêle, dans une confusion sonore recherchée et assumée, un art du chant, un art du pleur et un art de la parole.

Le flux sonore agit comme une houle, et comme une vague portant les participants. De la masse sonore indistincte surgissent à chaque instant des expressions individuelles, qui donnent au continuum sonore la force d’un discours. Les paroles, en partie indistinctes sont noyées de sanglots et, çà et là, de brefs cris. L’ensemble est soutenu par le discours du pasteur, qui intervient, au micro, en contrepoint de l’expression collective.

Le mode d’expression vocale rappelle de façon évidente les formes chantées de la musique des Tziganes de Roumanie, et cet art des pleureuses enregistré dans les années cinquante par le grand musicologue roumain C. Brailoïu. Cette séquence très émouvante manifeste également une culture très vivante de la polyphonie, dans cette société où « l’être ensemble » croise en permanence le sentiment de solitude et le besoin d’indépendance.

                                                                    (Eglise évangéliste de Saint-Amand, 4 mars 2010)

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